Le statut de l'élu local est l'ensemble des droits et garanties qui permettent à un citoyen d'exercer un mandat sans sacrifier son emploi ni ses revenus : indemnités, temps libéré, formation, protection et droits sociaux. La loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 lui a donné son nom et l'a renforcé.
- Indemnité : plafonnée en pourcentage d'un indice de la fonction publique, selon la population de la commune.
- Temps : autorisations d'absence pour les réunions et crédit d'heures trimestriel, que l'employeur n'est pas tenu de rémunérer.
- Formation : 24 jours de congé par mandat pour les élus salariés et un droit individuel à la formation.
- Protection : prise en charge par la collectivité en cas de poursuites liées aux fonctions ou de violences.
Qui est concerné, et que change la loi de décembre 2025 ?
Le statut vise les maires, adjoints et conseillers municipaux, les conseillers départementaux et régionaux, ainsi que les présidents, vice-présidents et membres des conseils des intercommunalités. Son point de départ est un principe ancien : les fonctions électives locales sont gratuites. L'indemnité ne rémunère donc pas un travail ; elle compense le temps pris sur la vie professionnelle et les frais engagés.
La loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local, publiée au Journal officiel du 23 décembre 2025, suit le mandat de bout en bout. Avant l'élection, elle porte de 10 à 20 jours le congé accordé aux salariés candidats. Pendant le mandat, elle relève le plafond des indemnités des maires et adjoints des communes de moins de 20 000 habitants, élargit les autorisations d'absence et rend la protection fonctionnelle automatique pour tout élu local victime de violences, de menaces ou d'outrages. Après le mandat, elle allonge à deux ans l'allocation de fin de mandat et accorde une bonification de retraite. Le détail des mesures figure sur le site de la direction générale des collectivités locales.
Indemnités de fonction : comment le montant est fixé
La loi ne fixe pas un montant en euros, mais un taux maximal exprimé en pourcentage de l'indice brut terminal de l'échelle indiciaire de la fonction publique. Ce taux croît avec la population : il figure à l'article L. 2123-23 du code général des collectivités territoriales (CGCT) pour le maire et à l'article L. 2123-24 pour les adjoints. Pour un maire de commune de moins de 500 habitants, la loi de 2025 l'a fait passer de 25,5 % à 28,1 % de l'indice. Le montant en euros bouge ensuite avec la valeur du point d'indice, ce qui explique qu'aucun chiffre ne reste juste longtemps.
Le maire perçoit de droit l'indemnité au taux maximal. Pour les adjoints, le conseil municipal délibère dans les trois mois suivant son installation et joint un tableau récapitulant toutes les indemnités allouées. Il doit respecter une enveloppe : la somme des indemnités maximales du maire et des adjoints en exercice. À l'intérieur de cette enveloppe, il peut aussi indemniser des conseillers municipaux, par exemple un conseiller délégué aux écoles.
Pour connaître le montant réel dans une commune, il faut donc lire la délibération et son tableau annexé, consultables en mairie. Ces indemnités sont imposables, et un élu qui cumule plusieurs mandats voit le total de ses indemnités plafonné à une fois et demie l'indemnité parlementaire de base.
Trois questions fréquentes sur les indemnités
Le maire peut-il toucher moins que le maximum ?
Oui, mais seulement s'il le demande : le conseil municipal peut alors, par délibération, fixer une indemnité inférieure au barème.
Un conseiller sans fonction exécutive est-il indemnisé ?
Pas automatiquement. Dans les communes de moins de 100 000 habitants, il ne l'est que si le conseil municipal le décide, dans la limite de l'enveloppe du maire et des adjoints.
Qui paie les indemnités ?
La collectivité, sur son propre budget. C'est une dépense obligatoire, inscrite en section de fonctionnement, que les plus petites communes financent en partie grâce à une dotation spécifique de l'État.
Concilier mandat et emploi : absences et crédit d'heures
Un élu salarié bénéficie d'autorisations d'absence pour se rendre aux séances plénières de son assemblée, aux réunions des commissions et à celles des organismes où il représente la collectivité. Il prévient son employeur par écrit, et celui-ci ne peut pas s'y opposer. En revanche, il n'est pas tenu de rémunérer ces heures comme du temps de travail.
Le crédit d'heures sert à tout le reste : préparer un dossier, recevoir des administrés, suivre un chantier. C'est un forfait trimestriel, calculé en fonction du mandat exercé et de la population de la commune, qui ne se reporte pas d'un trimestre à l'autre. Là encore, l'employeur n'est pas tenu de payer ce temps. Au total, absences et crédit d'heures ne peuvent pas dépasser, sur une année, la moitié de la durée légale du travail.
Prenons une adjointe aux travaux, salariée d'une entreprise, dans une commune de 3 000 habitants : ses absences pour le conseil et les commissions sont couvertes, et elle peut utiliser son crédit d'heures pour les rendez-vous de chantier ; son indemnité d'adjointe compense le salaire non versé. Un conseiller sans indemnité peut, lui, se voir rembourser par la commune ses pertes de revenu, dans la limite de 72 heures par an. Aucun licenciement, déclassement ni sanction ne peut être motivé par ces absences.
Le droit à la formation
Chaque conseiller a droit à une formation adaptée à ses fonctions (article L. 2123-12 du CGCT). Dans les trois mois qui suivent son renouvellement, le conseil délibère sur les orientations et les crédits consacrés à ce droit ; les formations financées sont récapitulées chaque année dans un tableau annexé au compte administratif, qui donne lieu à un débat. Une formation est obligatoirement organisée au cours de la première année de mandat pour les élus ayant reçu une délégation.
Le budget de formation ne peut être inférieur à 2 % du montant total des indemnités de fonction susceptibles d'être allouées, ni supérieur à 20 %. Les frais d'enseignement, de déplacement et de séjour sont remboursés, à condition que l'organisme soit agréé par le ministre chargé des collectivités territoriales. Les élus salariés disposent d'un congé de formation porté à 24 jours par mandat par la loi de 2025, contre 18 auparavant, renouvelable en cas de réélection.
S'y ajoute le droit individuel à la formation des élus (DIFE), financé par une cotisation de 1 % prélevée sur les indemnités et géré par la Caisse des dépôts. Il s'acquiert par année de mandat et peut servir aussi bien à l'exercice du mandat qu'à une reconversion professionnelle.
Protection fonctionnelle : quand la collectivité couvre l'élu
La protection fonctionnelle joue dans deux situations. Premier cas : le maire, ou un élu qui le supplée ou a reçu délégation, est poursuivi pénalement pour des faits qui ne sont pas détachables de ses fonctions, par exemple après un accident survenu lors d'une manifestation communale. La commune prend alors en charge sa défense (article L. 2123-34 du CGCT). La protection ne couvre pas une faute personnelle, comme un marché attribué sciemment à un proche.
Second cas : l'élu est victime de violences, de menaces ou d'outrages à l'occasion ou du fait de ses fonctions. La collectivité doit le protéger et réparer le préjudice subi (article L. 2123-35). Depuis la loi du 22 décembre 2025, cette protection est accordée automatiquement à l'ensemble des élus locaux victimes, et non plus aux seuls titulaires de fonctions exécutives. Les communes souscrivent un contrat d'assurance pour couvrir ce coût. Les obligations propres au maire sont rappelées dans la fiche sur les fonctions du maire.
Avant et après le mandat : candidature, retraite, reconversion
Un salarié candidat à une élection locale dispose désormais de 20 jours ouvrables de congé pour faire campagne. Pendant le mandat, les élus qui perçoivent une indemnité sont affiliés à l'Ircantec, le régime de retraite complémentaire des agents non titulaires de la fonction publique, et peuvent constituer une retraite par rente financée à parts égales par eux et par la collectivité. La loi de 2025 ajoute un trimestre de retraite par mandat complet exercé dans une fonction exécutive, dans la limite de trois trimestres.
À la fin du mandat, les élus exécutifs qui avaient cessé leur activité professionnelle pour l'exercer peuvent, sous conditions, percevoir l'allocation différentielle de fin de mandat, dont la loi de 2025 a élargi l'accès et porté la durée à deux ans. Un contrat de sécurisation de l'engagement accompagne leur retour à l'emploi, et un certificat de compétences professionnelles permet de faire reconnaître l'expérience acquise. Ceux qui avaient suspendu leur contrat de travail retrouvent un emploi équivalent chez leur employeur.
Ces droits valent pour tous les mandats locaux présentés dans les autres fiches sur les élus locaux, qu'il s'agisse d'un conseil municipal issu du scrutin de liste paritaire ou d'une assemblée départementale.
















