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Préparer, adopter et exécuter le budget d'une commune, phase par phase

Préparer, adopter et exécuter le budget d'une commune, phase par phase

Les étapes du budget communal suivent le code général des collectivités territoriales : préparation par les services, débat d'orientation budgétaire, adoption du budget primitif avant le 15 avril, ajustements en cours d'exercice, puis arrêté des comptes. Chaque phase encadre les dépenses et les recettes des finances communales.

Quatre repères du calendrier budgétaire d'une commune

Dans les deux mois avant l'examen du budget
Rapport et débat d'orientation budgétaire, obligatoires dès 3 500 habitants (article L. 2312-1 du CGCT).
15 avril
Date limite d'adoption du budget primitif, repoussée au 30 avril l'année du renouvellement des conseils municipaux (article L. 1612-2).
Toute l'année
Décisions modificatives et budget supplémentaire, toujours en équilibre.
30 juin de l'exercice suivant
Approbation des comptes, désormais par le compte financier unique (article L. 1612-12).

Préparer le budget : une première étape dès l'automne

La préparation du budget communal démarre bien avant toute séance publique. Dès septembre ou octobre, le directeur général des services ou la secrétaire de mairie recense les besoins de chaque service : entretien des écoles, voirie, personnel, subventions aux associations, travaux programmés. Chaque responsable chiffre ses demandes, puis le maire et l'adjoint aux finances arbitrent entre elles. Cette phase de l'élaboration du budget ne figure dans aucun texte, mais elle conditionne tout le reste du processus budgétaire.

Dans une ville comme dans un village, les étapes du budget communal forment un cycle annuel où chaque échéance prépare la suivante. La commission municipale des finances, lorsque le conseil en a créé une, examine les propositions avant leur inscription au budget ; dans les petites communes, l'équipe municipale entière s'en charge. Projets d'urbanisme, entretien du patrimoine, actions pour l'emploi ou équipement numérique des écoles passent tous par ce filtre. La commune tient également compte des financements croisés de l'État, de la région ou du département, dont les décisions d'attribution rythment de nombreux travaux sur son territoire, ainsi que de l'évolution de la fiscalité locale.

Les arbitrages s'appuient sur trois sources d'information. La première vient de l'État : la loi de finances, adoptée en fin d'année par le Parlement, fixe l'enveloppe des concours financiers aux collectivités, et le montant de la dotation globale de fonctionnement propre à chaque commune n'est notifié qu'au printemps. La deuxième vient des comptes de l'exercice écoulé : l'épargne brute, c'est-à-dire l'excédent des recettes courantes sur les dépenses courantes, mesure la capacité à rembourser la dette et à financer des équipements. La troisième vient du plan pluriannuel d'investissement, quand la commune en tient un, qui étale les grands chantiers sur plusieurs exercices.

Le budget prévisionnel qui sort de ces arbitrages fait apparaître un éventuel besoin de financement, couvert par l'emprunt, les subventions ou l'autofinancement. Les communes les mieux outillées suivent ces équilibres dans des tableaux de bord de gestion financière, mis à jour tout au long de l'exercice. Certaines ouvrent aussi une part de leurs crédits à un budget participatif : les habitants proposent puis choisissent des projets. Aucune obligation légale ne l'impose, et chaque assemblée délibérante en fixe les règles.

Qui prépare, qui adopte, qui paie ?

Le budget communal met en jeu trois acteurs dont les rôles ne se recouvrent jamais. Le maire prépare le projet avec les services puis l'exécute : il engage les dépenses, liquide les sommes dues, émet les mandats de paiement et les titres de recettes. Cette fonction d'ordonnateur compte parmi les attributions que le maire exerce au nom de la commune.

Le conseil municipal détient le pouvoir de décision budgétaire. Il adopte le budget, fixe les taux des impôts locaux et approuve, en fin de cycle, les comptes de l'exercice. Aucune dépense ne peut être engagée sans crédit ouvert par une délibération. L'assemblée délibère en séance publique, après une convocation accompagnée d'une note de synthèse sur les affaires soumises.

Le comptable public, agent de la direction générale des finances publiques (DGFiP), manie seul les fonds. Il paie les dépenses et encaisse les recettes après avoir contrôlé leur régularité. Cette séparation entre celui qui décide et celui qui paie figure parmi les plus anciens principes de la gestion publique française : elle empêche qu'une seule personne ordonne une dépense et se la règle.

Le débat d'orientation budgétaire, à partir de 3 500 habitants

Le débat d'orientation budgétaire ouvre la phase politique de l'élaboration du budget dans les communes de 3 500 habitants et plus. L'article L. 2312-1 du code général des collectivités territoriales impose au maire de présenter à l'assemblée, dans les deux mois qui précèdent l'examen du budget, un rapport sur les orientations budgétaires, les engagements pluriannuels envisagés ainsi que sur la structure et la gestion de la dette.

Au-delà de 10 000 habitants, ce rapport budgétaire présente aussi la structure et l'évolution des dépenses et des effectifs : dépenses de personnel, rémunérations, avantages en nature, temps de travail. Le rapport donne lieu à un débat, acté par une délibération distincte. Les préfectures rappellent que ce débat ne peut pas se tenir lors de la séance de vote du budget : il doit laisser aux élus, et notamment à l'opposition, le temps de peser les choix.

Une commune tenue au débat qui adopte son budget sans l'avoir organisé s'expose à l'annulation de la délibération par le juge administratif. Une commune de 400 habitants n'y est pas soumise ; rien ne l'empêche pourtant de réunir les élus autour des projets d'investissement et de leur financement avant la rédaction du document budgétaire.

Le vote du budget primitif avant la date limite

Le budget primitif s'adopte au plus tard le 15 avril de l'exercice qu'il couvre, selon l'article L. 1612-2 du code général des collectivités territoriales, et le 30 avril l'année du renouvellement des organes délibérants, comme en mars 2026. Rien n'interdit un vote plus précoce : beaucoup de communes délibèrent en décembre ou en janvier. Les taux des taxes foncières et de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires se fixent dans les mêmes délais et sont transmis à l'administration fiscale.

Le cadre juridique impose un budget en équilibre réel. La section de fonctionnement et la section d'investissement doivent chacune s'équilibrer, les recettes et les dépenses sont évaluées de façon sincère, et le remboursement du capital de la dette est couvert par des ressources propres, jamais par un nouvel emprunt. La distinction entre ces deux sections structure tout le document ; elle est détaillée dans la page qui explique comment lire la section de fonctionnement et la section d'investissement.

Le budget s'accompagne de documents budgétaires réglementaires : maquette au format du référentiel M57, annexes sur la dette, les effectifs ou les engagements hors bilan, et, depuis la dématérialisation, transmission électronique au préfet.

Que se passe-t-il entre le 1er janvier et l'adoption ?

Une commune sans budget adopté au 1er janvier ne s'arrête pas. L'article L. 1612-1 permet au maire de mettre en recouvrement les recettes et de payer les dépenses de fonctionnement dans la limite des crédits de l'année précédente, ainsi que les annuités de la dette. Pour l'investissement, il peut, sur autorisation de l'assemblée précisant le montant et l'affectation des crédits, engager et mandater des dépenses dans la limite du quart des crédits ouverts l'année précédente, hors remboursement de la dette.

PhaseÉchéanceTexte
Rapport et débat d'orientation budgétaireDans les deux mois avant l'examen du budgetArticle L. 2312-1 du CGCT
Adoption du budget primitifAvant le 15 avril (30 avril l'année du renouvellement)Article L. 1612-2 du CGCT
Dépenses d'investissement avant l'adoptionDans la limite du quart des crédits de l'exercice précédentArticle L. 1612-1 du CGCT
Approbation des comptes de l'exercice NAvant le 30 juin de N+1Article L. 1612-12 du CGCT

Ajuster en cours d'année : budget supplémentaire et décisions modificatives

Le budget primitif reste une prévision, et les décisions modificatives l'adaptent aux imprévus. Une tempête endommage la toiture de l'église, une subvention espérée est refusée, un chantier prend du retard : les crédits doivent suivre. L'assemblée ouvre, réduit ou déplace alors des crédits, en respectant toujours l'équilibre de chaque section.

Le budget supplémentaire est une décision modificative particulière. Il reprend les résultats de l'exercice précédent, excédent ou déficit, et les restes à réaliser, c'est-à-dire les dépenses engagées mais non payées au 31 décembre. Une commune qui adopte son budget tôt, avant d'avoir arrêté ses comptes, passe souvent par un budget supplémentaire au printemps ou à l'été pour intégrer ces résultats ; celle qui délibère en mars ou en avril peut les reprendre directement dans le budget primitif.

Ces ajustements n'offrent aucune facilité : chaque décision modificative doit rester équilibrée, et la frontière entre dépenses courantes et investissements ne se contourne pas en cours d'année.

Exécution et contrôle budgétaire : comptable, préfet et chambre régionale

L'exécution du budget communal repose sur le contrôle du comptable public, qui porte sur la régularité et jamais sur l'opportunité. Avant de payer, il vérifie notamment la qualité de l'ordonnateur, la disponibilité des crédits, l'exacte imputation de la dépense, la présence des pièces justificatives et le caractère libératoire du paiement. Il ne juge pas l'utilité d'une dépense : acheter des illuminations de Noël plutôt que refaire un trottoir relève du choix des élus. Si une pièce manque, le comptable suspend le paiement ; le maire peut, dans certains cas, le requérir de payer, ce qui transfère la responsabilité sur l'ordonnateur.

Depuis le 1er janvier 2023, la responsabilité personnelle et pécuniaire des comptables a disparu au profit d'un régime unique de responsabilité des gestionnaires publics, ordonnateurs comme comptables, jugé par la Cour des comptes.

Le préfet exerce de son côté le contrôle budgétaire prévu par les articles L. 1612-1 et suivants. Budget non adopté à la date limite, budget en déséquilibre, dépense obligatoire non inscrite ou déficit important du compte : dans chacun de ces cas, il saisit la chambre régionale des comptes, qui formule des propositions, puis il règle lui-même le budget si la commune ne les suit pas. Le déroulé de cette procédure et ses suites figurent dans la page consacrée à ce que vérifie la chambre régionale des comptes.

Arrêter les comptes : du compte administratif au compte financier unique

L'arrêté des comptes reposait pendant des décennies sur deux documents qui devaient concorder : le compte administratif, établi par le maire, et le compte de gestion, établi par le comptable public. Le compte financier unique (CFU) les remplace par un document commun, plus lisible pour les élus comme pour les habitants.

L'ordonnance n° 2025-526 du 12 juin 2025 généralise le CFU : il est obligatoire au plus tard pour les comptes de l'exercice 2026, arrêtés au premier semestre 2027. Sa mise en place suppose l'adoption du référentiel budgétaire et comptable M57 et la transmission dématérialisée, au format XML, des documents budgétaires : budget primitif, budget supplémentaire, décisions modificatives et CFU. Les services de l'État détaillent les conditions de passage au CFU sur une page consacrée à sa généralisation.

L'article L. 1612-12 prévoit l'approbation de ce compte par l'assemblée au plus tard le 30 juin qui suit l'exercice. Cette délibération dépasse la formalité : le compte constate les résultats réels, repris ensuite au budget, et un déficit important déclenche le contrôle budgétaire décrit plus haut.

Transparence financière : ce que l'habitant peut consulter

Le budget d'une commune est un document public. Toute personne peut consulter en mairie le budget, les décisions modificatives et les comptes, et en obtenir copie. L'article L. 2313-1 oblige en outre chaque commune à joindre au budget primitif et au compte une présentation brève et synthétique retraçant les informations financières essentielles, mise en ligne sur son site internet lorsqu'elle en dispose.

Cette obligation de transparence financière, pilier de la démocratie locale, permet à chacun de suivre l'évolution des dépenses de fonctionnement, le niveau d'endettement ou la part de l'investissement. Les données agrégées des collectivités locales, publiées par la DGFiP, offrent un point de comparaison entre communes de taille voisine. Pour replacer le budget local dans l'ensemble des ressources et des contrôles, la rubrique sur les origines de l'argent des collectivités et ceux qui le contrôlent rassemble les autres fiches.

Budget communal en retard ou incomplet : trois situations concrètes

Le maire peut-il payer une dépense non prévue au budget ?

Le maire ne peut pas payer une dépense sans crédit ouvert par l'assemblée. Si les crédits manquent, le conseil municipal adopte une décision modificative avant que la dépense soit engagée ; à défaut, le comptable public refuse le paiement.

Que se passe-t-il si le budget n'est pas adopté avant le 15 avril ?

Le préfet saisit la chambre régionale des comptes, qui propose un budget dans le mois ; le préfet le règle ensuite par arrêté, et la commune perd la main sur ses crédits de l'exercice. Cette situation reste rare.

Un budget peut-il être adopté en déséquilibre ?

Un budget en déséquilibre réel est irrégulier. Le préfet saisit la chambre régionale des comptes dans le cadre du contrôle budgétaire, et la commune doit adopter de nouvelles mesures de redressement pour rétablir l'équilibre.

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