Quatre scrutins forment les élections locales : municipales, communautaires, départementales et régionales. Chaque élection désigne au suffrage universel direct, pour six ans et selon son mode de scrutin, le conseiller municipal de chaque commune, le conseiller départemental ou régional ; ces élus choisissent ensuite maires et présidents.
- Qui vote
- Les électeurs inscrits sur les listes électorales de leur commune ; les citoyens européens votent aussi aux élections municipales, scrutin de liste paritaire à deux tours.
- Pour qui
- Un conseiller municipal ou communautaire dans sa commune, un conseiller départemental ou régional, jamais directement pour le maire ou un président d'exécutif.
- Pour combien de temps
- Six ans ; prochaines élections locales : départementales et régionales en mars 2028, élections municipales et conseillers municipaux en 2032.
Quels élus désignent les élections locales ?
Les élections locales désignent les assemblées délibérantes des collectivités territoriales, et non leurs exécutifs. Le premier cercle est celui des conseillers municipaux, de loin les plus nombreux : un village rural de 400 habitants en élit 11, une grande ville plusieurs dizaines. Une fois installé, le conseil municipal désigne en son sein le maire et les adjoints : les électeurs ne votent donc jamais directement pour le maire. Ils choisissent une liste de candidats, et c'est le conseil qui tranche lors de sa première séance, au scrutin secret et à la majorité absolue aux deux premiers tours. Le maire cumule ensuite deux casquettes, exécutif local et agent de l'État pour l'état civil ou l'organisation des scrutins, comme le détaille la fiche sur ce que fait un maire au quotidien.
Viennent ensuite les conseillers communautaires, qui représentent leur municipalité dans la communauté de communes, la communauté d'agglomération, la communauté urbaine ou la métropole. Ils sont obligatoirement conseillers municipaux : il n'existe pas d'élection intercommunale séparée, sauf pour la métropole de Lyon, collectivité à statut particulier dont les conseillers métropolitains sont élus lors d'un scrutin distinct. Ce cas lyonnais, comme ceux de la Corse ou de la Martinique, relève des collectivités dotées d'un statut particulier, où l'assemblée unique remplace département et région.
Au niveau supérieur siègent les conseillers départementaux, élus par binôme femme-homme dans chaque canton, et les conseillers régionaux, élus sur des listes départementalisées. Chacune de ces assemblées élit un président, qui dirige les services et exécute le budget. Aucun électeur ne vote donc pour un président de département ou de région : c'est la majorité issue des urnes qui le choisit, parfois au terme de négociations entre groupes.
Un dernier étage est souvent oublié. Les élus locaux forment l'essentiel du collège des grands électeurs qui désigne les sénateurs, au suffrage universel indirect : délégués des conseils municipaux, conseillers départementaux et régionaux, députés et sénateurs du département. Le Sénat se renouvelant par moitié tous les trois ans, une élection municipale modifie mécaniquement la composition du Sénat lors du renouvellement suivant, comme en septembre 2026 pour la série 1. C'est l'angle que les présentations classiques négligent : voter aux municipales, c'est aussi peser, à distance, sur la seconde chambre du Parlement.
Quatre assemblées, quatre modes de scrutin
Chaque mode de scrutin local répond à une logique : dégager une majorité stable dans les villes et les régions, garder un ancrage de proximité dans les départements. Tous imposent aujourd'hui la parité entre femmes et hommes, et tous conduisent à un mandat de six ans. Le scrutin de liste domine : seuls les conseillers départementaux sont élus au scrutin majoritaire binominal, sur un territoire découpé en cantons.
| Élection | Qui est élu | Mode de scrutin | Accès au second tour |
|---|---|---|---|
| Municipales | Le conseil municipal | Liste paritaire à deux tours ; la liste en tête reçoit la moitié des sièges (prime majoritaire réduite au quart à Paris, Lyon et Marseille), le reste est réparti à la proportionnelle | 10 % des suffrages exprimés, fusion possible avec les listes ayant 5 % |
| Communautaires | Les représentants de la municipalité à l'intercommunalité | Fléchage sur le bulletin municipal à partir de 1 000 habitants ; ordre du tableau du conseil en dessous | Celui des municipales, le même jour |
| Départementales | Un binôme femme-homme par canton | Scrutin binominal majoritaire à deux tours | 12,5 % des électeurs inscrits |
| Régionales | Le conseil régional | Liste à deux tours ; prime d'un quart des sièges à la liste arrivée en tête | 10 % des suffrages exprimés, fusion possible avec les listes ayant 5 % |
Deux contresens faussent souvent la lecture de ces seuils. Le premier porte sur la base de calcul : aux municipales et aux régionales, les seuils se calculent sur les suffrages exprimés, alors qu'aux départementales le seuil de 12,5 % porte sur les électeurs inscrits, ce qui rend l'accès au second tour bien plus difficile quand l'abstention est forte. Avec une participation de 40 %, un binôme doit en réalité réunir plus de 31 % des votants pour se maintenir. Le second contresens consiste à croire que les petits villages votent encore en rayant des noms : depuis les élections municipales de mars 2026, le panachage a disparu partout et un bulletin modifié est nul.
Le scrutin proportionnel pur n'existe dans aucune élection locale : chaque fois qu'une répartition proportionnelle intervient, elle est corrigée par une prime majoritaire ou par le découpage en cantons. Ce choix du législateur, constant depuis la loi de 1982 sur le scrutin municipal, privilégie la gouvernabilité des assemblées sur la représentation exacte des courants politiques.
Comment se déroule le scrutin municipal, du premier tour au maire élu ?
Le scrutin municipal se joue en deux dimanches consécutifs, le second tour ayant lieu une semaine après le premier. Une liste qui obtient au premier tour la majorité absolue des suffrages exprimés, et au moins un quart des électeurs inscrits, remporte d'emblée l'élection ; sinon, les listes ayant franchi 10 % se qualifient pour le second tour, où la majorité relative suffit. Depuis la loi du 21 mai 2025, ce mode de scrutin de liste paritaire s'applique à toutes les municipalités, quelle que soit leur taille : la distinction historique autour de 1 000 habitants ne joue plus que pour quelques règles, comme le fléchage communautaire ou la possibilité de présenter une liste incomplète dans les plus petites.
La prime majoritaire attribue à la liste arrivée en tête la moitié des sièges, arrondie à l'entier supérieur ; l'autre moitié est répartie à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés, y compris la liste gagnante. Dans un conseil de 29 sièges, la liste victorieuse avec 40 % des voix obtient ainsi 15 sièges de prime puis sa part des 14 restants, soit une majorité nette. C'est le mécanisme qui garantit au futur maire une assise stable pendant six ans.
Paris, Lyon et Marseille obéissent à un régime propre : chaque arrondissement ou secteur élit ses conseillers d'arrondissement, et une partie d'entre eux siège aussi au conseil municipal (le Conseil de Paris dans la capitale). Le détail de ces règles, de la prime majoritaire aux listes incomplètes, est exposé dans l'article consacré à l'élection des conseillers municipaux depuis la réforme de 2025.
Au bureau de vote, l'électeur prend au moins deux bulletins de vote, passe obligatoirement par l'isoloir, glisse son bulletin dans une enveloppe puis dans l'urne transparente, et signe la liste d'émargement. Le dépouillement est public : tout électeur peut y assister. Le vote blanc est décompté à part depuis la loi du 21 février 2014, mais il n'entre pas dans les suffrages exprimés, ce qui signifie qu'il ne modifie ni les seuils de qualification ni la majorité absolue.
Une semaine au plus tard après le second tour, le nouveau conseil municipal se réunit pour élire le maire puis les adjoints, ces derniers sur une liste paritaire dans toutes les municipalités depuis 2026. Ce n'est qu'à cette séance que les maires élus entrent en fonction, ce qui explique que les résultats publiés le soir du scrutin ne donnent jamais le nom du maire, seulement la répartition des sièges.
Droit de vote et candidature : qui peut participer ?
Le droit de vote aux élections locales appartient aux Français majeurs inscrits sur les listes électorales de la ville où ils votent, et jouissant de leurs droits civils et politiques. Les citoyens d'un autre État de l'Union européenne résidant en France votent aux élections municipales et européennes, sur des listes complémentaires, mais pas aux départementales ni aux régionales.
S'inscrire sur les listes électorales et voter par procuration
L'inscription sur les listes électorales est automatique pour les jeunes recensés qui atteignent 18 ans et pour les personnes naturalisées ; dans les autres cas, notamment après un déménagement, elle se demande en mairie ou en ligne sur le site service-public.fr, au plus tard le sixième vendredi précédant le premier tour de scrutin (le sixième mercredi en ligne). Le répertoire électoral unique, tenu par l'Insee depuis 2019, permet à chacun de vérifier sa situation et son bureau de vote sur le même site public.
L'électeur absent le jour du scrutin peut donner procuration à un autre électeur, même inscrit dans une autre ville, qui votera à sa place dans son bureau de vote. La demande se fait en ligne sur maprocuration.gouv.fr puis se valide devant un policier, un gendarme ou un agent consulaire. Un mandataire ne peut détenir qu'une procuration établie en France.
Être candidat : éligibilité et inéligibilités
Un candidat aux élections municipales doit avoir 18 ans, être électeur dans la municipalité ou y être inscrit au rôle des contributions directes, ce qui permet par exemple au propriétaire d'une résidence secondaire de se présenter. Aux départementales et aux régionales, l'attache au territoire se juge à l'échelle du département ou de la région. Le code électoral prévoit des inéligibilités liées aux fonctions : préfets, magistrats ou certains agents publics ne peuvent pas se présenter dans le ressort où ils exercent, pendant une durée fixée par chaque article.
Depuis 2014, les candidats aux municipales déposent une déclaration de candidature en préfecture, liste par liste, dans toutes les municipalités soumises au scrutin de liste ; la liste doit alterner femmes et hommes. Un élu ne peut pas cumuler plus de deux mandats locaux parmi conseiller municipal, départemental et régional, et un parlementaire ne peut plus exercer une fonction exécutive locale comme celle de maire.
Quand ont lieu les prochaines élections locales ?
Le calendrier des élections locales découle de la durée de six ans fixée par la loi pour chaque assemblée, mais il a souvent été décalé pour éviter qu'un même printemps cumule trop de scrutins. Les dernières élections municipales se sont tenues les 15 et 22 mars 2026 ; les départementales et les régionales, organisées le même jour en juin 2021 en raison de la crise sanitaire, voient le mandat de leurs élus arriver à échéance en mars 2028, sauf report voté par le Parlement.
| Scrutin | Dernière élection | Prochaine échéance prévue | Type de suffrage |
|---|---|---|---|
| Municipales et communautaires | Mars 2026 | 2032 | Suffrage universel direct |
| Départementales | Juin 2021 | Mars 2028 | Suffrage universel direct |
| Régionales | Juin 2021 | Mars 2028 | Suffrage universel direct |
| Sénatoriales (série 1) | Septembre 2026 | 2032 pour cette série | Suffrage indirect, par les élus locaux |
Entre deux échéances, des élections partielles ont lieu régulièrement : quand un conseil municipal perd un tiers de ses membres, quand le maire doit être remplacé et que le conseil est incomplet, ou après l'annulation d'une élection par le juge. Un conseiller départemental décédé ou démissionnaire est remplacé par son remplaçant de même sexe, élu en même temps que lui ; à défaut, une élection partielle est organisée dans le canton. Les dates exactes de chaque tour sont fixées par décret, en général plusieurs mois à l'avance, et publiées sur le site du ministère de l'Intérieur.
Campagne, propagande et contentieux électoral
La campagne électorale officielle s'ouvre le deuxième lundi précédant le premier tour de scrutin. Pendant cette période, chaque liste dispose de panneaux d'affichage officiels devant les bureaux de vote, et l'État prend en charge, dans les villes d'au moins 2 500 habitants, l'envoi des professions de foi et des bulletins aux électeurs lorsque la liste a obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés. La veille du vote à zéro heure, toute propagande cesse : plus de tract, plus de message électoral, plus de publication de sondage.
Les dépenses de campagne sont plafonnées et contrôlées dans les villes de 9 000 habitants et plus, ainsi qu'aux départementales et aux régionales. Chaque tête de liste désigne un mandataire financier, tient un compte de campagne et le dépose auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Les dons de personnes morales, entreprises comme associations, sont interdits ; un dépassement du plafond peut entraîner le rejet du compte et l'inéligibilité du candidat.
Le contentieux électoral est ouvert à tout électeur et à tout candidat. Pour les municipales, la protestation se dépose au tribunal administratif au plus tard à 18 heures le cinquième jour suivant l'élection, selon le code électoral, article R. 119 ; le jugement peut être porté en appel devant le Conseil d'État. Le juge n'annule le scrutin que si l'irrégularité a pu en modifier le résultat, ce qui dépend beaucoup de l'écart de voix : quelques bulletins litigieux suffisent à faire tomber une élection gagnée de trois voix, jamais une victoire avec plusieurs centaines de voix d'avance.
Taux de participation et résultats : ce que disent les chiffres
Le taux de participation aux élections locales recule depuis une trentaine d'années, avec des écarts nets selon le scrutin. Selon les résultats officiels du ministère de l'Intérieur, l'abstention a atteint 55,3 % au premier tour des élections municipales de 2020, tenu au début de la crise sanitaire, et environ deux tiers des inscrits au premier tour des régionales et des départementales de 2021. Les municipales restent malgré tout le scrutin local le plus suivi, parce que l'enjeu y est visible : l'école, la voirie, l'urbanisme, les services publics du quotidien.
Les résultats bureau par bureau sont publiés sur le site du ministère de l'Intérieur dès la soirée électorale, puis versés en données ouvertes sur data.gouv.fr. Ces fichiers permettent de comparer une ville à ses voisines, de mesurer le poids du vote blanc ou de suivre l'évolution d'un parti d'un scrutin à l'autre. Les étiquettes politiques y sont attribuées par les préfectures, selon une grille de nuances fixée par circulaire, ce qui explique qu'une liste sans étiquette puisse apparaître sous une nuance « divers gauche » ou « divers droite ».
Lire ces chiffres demande quelques précautions. Dans un village où une seule liste se présente, le résultat est acquis d'avance et la participation chute ; à l'inverse, une triangulaire serrée dans une grande ville mobilise. Les cartes nationales qui colorent les territoires selon le parti du maire grossissent le poids des petites municipalités, qui sont les plus nombreuses mais regroupent une minorité d'habitants.
Six ans de mandat : droits et devoirs des élus locaux
Le maire et les adjoints sont élus pour la même durée que le conseil municipal, selon l'article L. 2122-10 du code général des collectivités territoriales (CGCT) ; il en va de même, à leur niveau, des présidents d'intercommunalité, de département et de région. Les fonctions électives locales sont en principe gratuites : l'indemnité de fonction n'est pas un salaire, mais une compensation du temps consacré au mandat, versée aux titulaires de fonctions exécutives et, dans certains cas, aux simples conseillers.
L'élu local dispose aussi de garanties pour concilier mandat et vie professionnelle : autorisations d'absence, crédit d'heures, droit à la formation, protection fonctionnelle, droits à la retraite. La loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local a rassemblé ces droits et en a renforcé plusieurs ; leur détail figure dans la fiche sur les indemnités, la formation et la protection de l'élu.
Les devoirs sont moins connus. La charte de l'élu local, lue lors de l'installation de l'assemblée et remise à chaque conseiller, rappelle les exigences d'impartialité, de probité et d'assiduité. Surtout, un élu intéressé personnellement à une affaire doit se retirer du débat et du vote : un conseiller qui vote la vente d'un terrain municipal à un proche expose la délibération à l'annulation et lui-même à des poursuites pénales pour prise illégale d'intérêts. Les séances, le quorum et la publicité des délibérations obéissent à des règles précises, détaillées dans la page sur le fonctionnement d'un conseil municipal séance après séance.
Entre deux élections, les habitants ne sont pas réduits au silence. Le référendum local, la consultation des électeurs et le droit de pétition leur permettent de saisir l'assemblée ou de trancher une question précise ; leurs conditions sont décrites dans l'article sur le référendum local et le droit de pétition. Ces outils restent peu utilisés, mais ils prolongent l'élection au lieu de la remplacer.
Vote blanc, liste incomplète, intercommunalité : les cas qui reviennent
Le vote blanc peut-il faire annuler une élection ?
Le vote blanc ne peut pas faire annuler une élection locale. Il est compté et publié séparément depuis 2014, mais il n'entre pas dans les suffrages exprimés : une liste peut être élue même si les bulletins blancs dépassent ses propres voix.
Qui désigne les conseillers communautaires dans une petite municipalité ?
Dans les villages de moins de 1 000 habitants, les conseillers communautaires sont désignés dans l'ordre du tableau du conseil municipal : le maire d'abord, puis les adjoints, puis les conseillers selon leurs suffrages. Au-delà, ils sont élus par fléchage sur le bulletin de vote municipal, comme l'explique la page consacrée à la désignation des conseillers communautaires.
Que se passe-t-il si aucune liste ne se présente ?
Si aucune liste ne se présente aux élections municipales, le préfet constate l'absence de candidature et une délégation spéciale administre la municipalité à titre provisoire. De nouvelles élections sont organisées dans un délai de trois mois, et la fusion avec une municipalité voisine peut alors être envisagée.
Peut-on voter aux élections locales sans habiter sur place ?
On peut voter aux élections locales sans y habiter si l'on figure depuis au moins deux ans au rôle des contributions directes de la ville, par exemple comme propriétaire d'une résidence secondaire. Le gérant d'une société qui y est assujettie le peut aussi, sous conditions fixées par le code électoral.



