La tour Montparnasse est un gratte-ciel de bureaux de 210 mètres élevé au cœur de Paris, entre 1969 et 1973. Avec ses 59 étages, elle reste de loin le plus haut immeuble de la capitale intra-muros, et son observatoire du 56e étage offre l'un des panoramas les plus complets sur la ville. Elle est aussi le bâtiment le plus contesté de Paris : son édification a directement provoqué l'interdiction des tours dans le centre historique.
À retenir
- La tour Montparnasse est un gratte-ciel de bureaux de 210 mètres, élevé au coeur de Paris entre 1969 et 1973.
- Avec ses 59 étages, elle reste de loin le plus haut immeuble de la capitale intra-muros.
- L'émotion suscitée par sa construction a conduit à limiter la hauteur des immeubles parisiens, ce qui explique qu'elle n'ait pas eu de suite.
Complément de notre dossier sur le bâti de la capitale, cette page retrace sa conception et son chantier, décrit ce que l'on voit depuis son sommet, explique pourquoi elle a suscité un tel rejet, et fait le point sur le projet de rénovation qui doit transformer sa silhouette et son environnement énergétique.
Une tour née du réaménagement du quartier
Le projet naît dans les années 1950, quand la gare Montparnasse, vétuste, doit être reconstruite plus au sud. Le terrain libéré ouvre la voie à une opération d'urbanisme d'ampleur, dans un Paris qui cherche alors à se doter de bureaux modernes pour éviter la fuite des entreprises vers la banlieue.
Quatre architectes signent l'édifice : Eugène Beaudouin, Urbain Cassan, Louis Hoym de Marien et Jean Saubot. Le permis est délivré en 1968, le chantier démarre en 1969, l'inauguration a lieu en 1973. La construction mobilise des techniques nouvelles pour l'époque, notamment des fondations descendant à une soixantaine de mètres pour atteindre le calcaire, dans un sous-sol traversé par des carrières et par la ligne de métro.
Le résultat est un monolithe de verre et d'acier de forme lenticulaire, aux façades sombres, posé sur une dalle. À sa livraison, c'est le plus haut immeuble de France, statut qu'elle conservera jusqu'à l'achèvement de la tour First à La Défense en 2011. Elle reste aujourd'hui la plus haute de Paris intra-muros, la Défense se trouvant hors des limites de la ville.
Où elle se trouve, et sur quoi elle est bâtie
La tour s'élève au 33 avenue du Maine, dans le quartier Necker du 15e arrondissement de Paris, en bordure de la place Raoul Dautry qui la sépare de la gare. Cette adresse dit déjà l'essentiel de son passé : elle occupe l'emprise de l'ancienne gare Montparnasse, dont les voies s'arrêtaient plus au nord qu'aujourd'hui.
Le déplacement de la gare a libéré plusieurs hectares en plein cœur de la rive gauche, et c'est cette réserve foncière exceptionnelle qui a rendu l'opération possible. La nouvelle gare a été reconstruite en retrait, la tour posée sur l'espace ainsi dégagé, et un centre commercial installé à sa base pour raccorder l'ensemble au quartier. La construction de la tour n'est donc pas un geste isolé mais la pièce maîtresse d'un réaménagement complet.
Elle n'est d'ailleurs pas seule. La tour CIT, plus basse et plus ancienne, occupe la même opération d'urbanisme et passe aujourd'hui inaperçue à côté de sa voisine. L'ensemble forme un îlot de dalles et de passages souterrains caractéristique de l'urbanisme des années soixante, que les projets successifs cherchent depuis à ouvrir sur les rues voisines.
Le rejet, et la loi qu'il a provoquée
La réaction est immédiate et durable. Dans une ville de gabarit homogène, cette masse isolée de 210 mètres est perçue comme une rupture d'échelle, et le débat dépasse vite les cercles d'architecture.
La conséquence est concrète et rarement rappelée : en 1977, le plan d'occupation des sols abaisse fortement la hauteur autorisée dans Paris, autour de 37 mètres dans une grande partie de la capitale. La tour Montparnasse est donc à l'origine directe de la règle qui a empêché, pendant plus de trente ans, la construction de tout autre édifice comparable dans le centre. Elle est un cas unique : un bâtiment qui a rendu sa propre reproduction impossible.
La plaisanterie qui l'accompagne depuis un demi-siècle résume ce statut. On dit que le sommet de la tour offre la plus belle vue de Paris, puisque c'est le seul endroit d'où l'on ne voit pas la tour Montparnasse. La formule est injuste envers un édifice qui a ses défenseurs, mais elle dit bien la place qu'il occupe dans l'imaginaire parisien.
Cette contestation a nourri, par contraste, l'attachement à la silhouette générale de la capitale, et elle explique pour partie la sensibilité française aux projets de grande hauteur en milieu urbain ancien.
L'observatoire et la vue
L'étage 56 accueille un espace panoramique fermé, avec des baies vitrées sur les quatre orientations, un espace de restauration et une exposition sur l'histoire de Paris. La terrasse du 59e étage, à ciel ouvert, offre une vue à 360 degrés, plus dégagée mais soumise à la météo.
L'ascension est en elle-même un argument : l'ascenseur qui dessert l'observatoire compte parmi les plus rapides d'Europe et atteint le 56e étage en une quarantaine de secondes. Un escalier de secours de plus de mille marches sert, une fois par an, à une course verticale.
Ce que l'on voit depuis le sommet vaut d'être détaillé, car c'est ce qui distingue ce point de vue de celui de la tour Eiffel. On embrasse d'un seul regard les Invalides, le Champ-de-Mars, la Seine, le Sacré-Coeur, la Défense, et l'on domine surtout la trame régulière des toits parisiens, difficile à percevoir depuis un point plus bas. La tour Eiffel y figure entière, ce qui n'est évidemment pas le cas quand on se tient dessus.
Le quartier lui-même mérite le détour, comme le détaille notre page sur les visites dans le quartier Montparnasse, entre cimetière, ateliers d'artistes et brasseries historiques de la grande époque.
Le sommet : observatoire, terrasse et Ciel de Paris
Le haut de la tour est ouvert au public, et c'est ce qui lui vaut aujourd'hui la fréquentation qu'elle a. L'observatoire de Paris Montparnasse occupe le 56e niveau, sous verrière et climatisé, tandis qu'une terrasse à ciel ouvert coiffe le 59e, sur le toit. L'ascenseur qui y mène est donné pour trente-huit secondes, ce qui en fait l'un des plus rapides d'Europe.
Juste à côté de l'observatoire se trouve le Ciel de Paris, restaurant panoramique dont la salle occupe l'angle nord du bâtiment. Sa réputation tient moins à sa cuisine qu'à sa situation, et la comparaison avec la tour Eiffel y est inévitable.
Elle mérite pourtant d'être posée sérieusement, parce qu'elle explique le succès du lieu. Depuis la tour Eiffel, on domine Paris mais on ne voit pas la tour Eiffel. Depuis la plateforme, elle occupe le centre du champ, avec les Invalides, le Panthéon et le Sacré-Cœur alignés autour. Ce point de vue offre une vue que le monument le plus visité de la ville ne peut pas donner de lui-même, et c'est l'argument que l'observatoire met en avant depuis toujours.
Le projet de rénovation
Cinquante ans après sa livraison, l'édifice cumule les difficultés : présence d'amiante, façades peu performantes, consommation énergétique très supérieure aux standards actuels, rapport difficile avec la rue au niveau de la dalle.
Un concours international a été organisé, et le projet lauréat a été désigné en 2017. Il prévoit une transformation profonde plutôt qu'une démolition : nouvelles façades plus claires et plus transparentes, végétalisation, ouverture des derniers étages, réduction massive des besoins énergétiques et reprise des espaces publics au pied de la tour.
Le calendrier a été plusieurs fois repoussé, pour des raisons techniques et de financement, ce qui est fréquent sur un immeuble occupé de cette taille : le désamiantage et le remplacement des façades doivent se faire sans vider entièrement les bureaux. Notre article sur les projets de rénovation de la tour détaille les options qui ont été mises en concurrence, et celui sur le début du chantier revient sur les premières phases de travaux.
L'enjeu dépasse le seul bâtiment. Réussir cette rénovation reviendrait à démontrer qu'un immeuble de grande hauteur des années 1970 peut être mis aux normes environnementales du jour sans être détruit, ce qui concerne un parc considérable en France et en Europe. Le sujet rejoint plus largement celui de l'entretien des immeubles et des obligations qui pèsent sur les copropriétés et les propriétaires de bureaux.
Qui décide de son avenir
La rénovation d'un immeuble de bureaux de cette taille ne relève pas d'un seul propriétaire, et le calendrier du chantier s'explique largement par là.
Le projet retenu est issu d'un concours international lancé par les copropriétaires, que le collectif Nouvelle AOM a remporté en 2017 devant plusieurs équipes de premier plan. Le projet conserve la structure existante plutôt que de démolir, ce qui évite un bilan carbone considérable et permet de garder l'immeuble en exploitation pendant une partie des travaux.
Vient ensuite l'instruction administrative. Le permis de construire relève de la ville de Paris, et les grands projets de cette nature passent devant le conseil de Paris ; le maire de Paris s'est exprimé à plusieurs reprises sur le devenir du quartier. À cela s'ajoutent des contraintes propres au bâtiment, dont le désamiantage, qui a occupé plusieurs années et constitue la principale explication des reports successifs.
Cette superposition de décideurs, copropriété privée d'un côté, autorités publiques de l'autre, est ordinaire pour un gratte-ciel en milieu urbain dense. Elle rend simplement toute annonce de calendrier fragile, ce que le déroulé du chantier a confirmé plus d'une fois.
La tour aujourd'hui
Au-delà du panorama, l'édifice reste avant tout un immeuble de bureaux en service, qui accueille plusieurs milliers de personnes chaque jour ouvré. Il est directement relié à la gare Montparnasse et à quatre lignes de métro, ce qui en fait l'un des points les mieux desservis de la rive gauche.
Son architecture, longtemps unanimement critiquée, fait l'objet d'un regard plus nuancé depuis une quinzaine d'années. Une partie des historiens de l'architecture y voit un témoin significatif de la production des années 1970, au même titre que d'autres ensembles de la même période aujourd'hui protégés. Ce déplacement du jugement est un phénomène classique : les bâtiments contestés d'une génération deviennent souvent le patrimoine de la suivante.
Pour le visiteur, l'essentiel tient en trois points pratiques. L'observatoire est ouvert tous les jours, y compris en soirée, ce qui permet d'y voir le coucher du soleil puis la ville éclairée. La fréquentation est nettement plus faible qu'à la tour Eiffel, donc l'attente aussi. Et par temps couvert, la terrasse du 59e perd tout intérêt, ce qui vaut la peine de vérifier le ciel avant de s'y rendre.
Pour l'histoire complète de sa conception, notre page consacrée à l'édifice et à sa construction revient en détail sur les choix techniques et sur le contexte urbain des années 1960.
Une présence dans la vie parisienne
Le lieu s'est fait une place dans la vie de la capitale, au-delà de sa fonction de bureaux. La terrasse accueille chaque année des rendez-vous devenus attendus : projections en plein air l'été, veillées du Nouvel An face au feu d'artifice, séances d'observation astronomique lors des grands phénomènes célestes.
Une course pédestre y est organisée chaque année, du hall jusqu'au sommet par l'escalier de secours. Les meilleurs spécialistes de cette discipline verticale franchissent les mille et quelques marches en un peu plus de six minutes, une performance qui donne une idée concrète de la dimension du bâtiment.
Le cinéma s'en est emparé dès les années 1970, souvent comme symbole d'une modernité froide ou d'un Paris en mutation. Sa silhouette sombre, reconnaissable entre toutes sur la ligne d'horizon, sert de repère visuel dans quantité de plans larges de la capitale, au point qu'elle en est devenue un raccourci narratif.
Enfin, elle joue un rôle discret mais réel pour l'orientation des Parisiens eux-mêmes : visible depuis une grande partie de la rive gauche et de nombreux points de la rive droite, elle sert de point de repère quotidien, y compris à ceux qui la critiquent. C'est peut-être là son paradoxe le plus durable. D'autres destinations françaises sont présentées dans notre rubrique loisirs et voyages.
Une silhouette entrée dans la culture parisienne
Mal-aimée dans les sondages, la tour n'en est pas moins devenue un repère, et son statut dans le patrimoine et la culture de la ville a nettement évolué en cinquante ans.
Elle sert de décor récurrent au cinéma et à la télévision, précisément parce qu'elle situe une image à Paris en un plan. Elle a par ailleurs été escaladée à mains nues : Alain Robert, grimpeur urbain français, escalade la tour Montparnasse pour la première fois dans les années quatre-vingt-dix et y revient à plusieurs reprises, chaque ascension relançant le débat sur la sécurité des façades.
Le regard porté sur elle change à mesure que l'architecture des années soixante-dix s'éloigne. Ce qui passait pour une faute de goût est aujourd'hui étudié comme un témoignage d'une époque, au même titre que les grands ensembles de la même période. La question n'est plus de savoir s'il fallait la construire, mais ce qu'on en fait maintenant qu'elle est là.
Questions fréquentes
Quelle est la hauteur de la tour Montparnasse ? Deux cent dix mètres pour 59 étages. Elle est restée le plus haut immeuble de France jusqu'en 2011 et demeure aujourd'hui le plus haut de Paris intra-muros.
Pourquoi la tour Montparnasse est-elle si critiquée ? Par rupture d'échelle avec un centre historique de gabarit homogène. La contestation a conduit, en 1977, à abaisser fortement la hauteur autorisée dans Paris, ce qui a empêché toute construction comparable pendant des décennies.
Que voit-on depuis l'observatoire ? Un panorama à 360 degrés sur les Invalides, le Champ-de-Mars, la Seine, le Sacré-Coeur et la Défense, avec la tour Eiffel visible en entier. Le 56e étage est vitré, le 59e est une terrasse à ciel ouvert.
Où en est la rénovation ? Le projet lauréat a été désigné en 2017 et prévoit de nouvelles façades, une végétalisation et une forte réduction des consommations énergétiques. Le calendrier a été repoussé à plusieurs reprises, le chantier devant se dérouler sur un immeuble occupé.








