Les réformes territoriales sont les lois qui, depuis 1982, redistribuent les compétences entre l'État et les collectivités : acte I des lois Defferre, acte II de la loi organique et constitutionnelle de 2003, réforme des collectivités territoriales de 2010, acte III avec la loi MAPTAM de janvier 2014 et la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République, puis loi 3DS.
Ce que chaque vague de réforme territoriale a déplacé
- 1982-1983 : fin de la tutelle du préfet, exécutifs élus au suffrage universel, création de la fonction publique territoriale.
- 2003-2004 : organisation décentralisée inscrite à l'article 1er de la Constitution, voulue par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.
- 2010 : conseillers territoriaux (jamais élus), métropoles, suppression de la taxe professionnelle, contrôle du Conseil constitutionnel sur le mode de scrutin.
- 2014-2015 : modernisation de l'action publique territoriale, métropole de Lyon et du Grand Paris, 13 régions, suppression de la clause de compétence générale.
- 2019-2025 : proximité, différenciation, droit commun assoupli pour l'eau.
Textes consolidés sur Légifrance, analyses sur vie-publique.fr et openedition.org.
Pourquoi la France réforme-t-elle sans cesse son organisation territoriale ?
La carte administrative française est ancienne, et c'est la première raison des réformes à répétition. Les communes descendent des paroisses et ont été instituées en 1789, les départements ont été dessinés en 1790. Deux siècles plus tard, le pays compte encore un peu moins de 35 000 communes, dont une majorité de villages de quelques centaines d'habitants. Aucune réforme territoriale n'a supprimé ces échelons : chaque loi a préféré en ajouter un nouveau (la région, puis les intercommunalités, puis les métropoles) et redistribuer les compétences entre eux. On parle depuis longtemps de « millefeuille territorial » pour désigner cet empilement.
Trois forces poussent les gouvernements successifs à y revenir. La première est financière : l'État cherche à mieux répartir la dépense publique et à réduire les doublons entre administrations. La deuxième tient aux besoins des habitants : les bassins de vie, d'emploi et de déplacement ne suivent plus les limites communales, d'où l'élan donné aux intercommunalités. La troisième est démocratique : les élus locaux réclament des marges de manœuvre, les citoyens veulent savoir qui décide et qui répond de la qualité du service public.
Chaque texte arbitre entre ces attentes, et le suivant corrige souvent ce que le précédent a laissé de côté. La réforme de 2010 a supprimé la clause de compétence générale des départements et des régions, la loi MAPTAM l'a rétablie en janvier 2014, la loi NOTRe l'a supprimée de nouveau en 2015. Le transfert de l'eau aux communautés de communes, rendu obligatoire en 2015, a été repoussé en 2018 puis rendu facultatif en 2025. Lire une réforme territoriale isolément induit donc en erreur : elle ne prend son sens qu'à la lumière de celle qui la précède et de celle qui la corrige. Le fil complet des grandes lois de décentralisation depuis 1982 permet de suivre ces allers-retours, et le problème de fond reste le même d'un texte à l'autre : qui exerce quelle compétence, sur quel territoire, avec quel argent.
Avant 1982 : des collectivités sous la tutelle du préfet
Le cadre territorial hérité de la IIIe République a tenu près d'un siècle. La loi du 10 août 1871 organise les conseils généraux des départements, la loi municipale du 5 avril 1884 fixe le statut des communes, avec des conseillers municipaux élus au suffrage universel et un maire élu par ce conseil. Mais l'exécutif du département reste le préfet, représentant de l'État, et les décisions locales sont soumises à sa tutelle : il peut les approuver, les suspendre ou les annuler.
La Constitution de 1958 consacre en son article 72 la libre administration des collectivités territoriales par des conseils élus, sans changer cette pratique. Les régions n'existent alors que comme circonscriptions d'action régionale, puis, avec la loi du 5 juillet 1972, comme établissements publics régionaux aux moyens limités. Le référendum de 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat, perdu par le général de Gaulle, a montré combien le sujet divise.
Les premières tentatives de regroupement communal datent aussi de cette période. La loi Marcellin du 16 juillet 1971 propose des fusions de communes, avec un succès très limité : la plupart des petites communes refusent de disparaître. Les syndicats intercommunaux, nés en 1890, et les districts créés en 1959 restent la formule la plus répandue pour gérer ensemble l'eau, les ordures ou le ramassage scolaire. Ce constat d'échec des fusions explique pourquoi les réformes suivantes ont choisi la coopération plutôt que la suppression.
1982-1983, l'acte I : les lois Defferre
La loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions ouvre l'acte I de la décentralisation. Portée par Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur du gouvernement de Pierre Mauroy, Premier ministre, elle supprime la tutelle administrative et financière du préfet. L'exécutif du département passe au président du conseil général, celui de la région à un président élu, et la région devient une collectivité territoriale de plein exercice.
Le préfet ne disparaît pas : il devient le garant de la légalité. Un acte local est exécutoire dès sa transmission, et le préfet qui l'estime illégal saisit le tribunal administratif, qui seul peut l'annuler. Ce contrôle de légalité exercé par le préfet remplace la tutelle, et les comptes relèvent désormais des chambres régionales des comptes, créées par la même loi.
Les lois des 7 janvier et 22 juillet 1983 répartissent ensuite les premiers blocs de compétences : urbanisme aux communes, action sociale et collèges aux départements, formation professionnelle et lycées aux régions. La loi du 26 janvier 1984 crée la fonction publique territoriale, avec un statut propre aux agents des collectivités. Les premiers conseillers régionaux sont élus au suffrage universel direct en mars 1986, à la proportionnelle par liste départementale : le mode de scrutin régional sera remanié à plusieurs reprises.
Les années 1990 : l'intercommunalité change d'échelle
La loi du 6 février 1992 relative à l'administration territoriale de la République, dite loi ATR, crée les communautés de communes et les communautés de villes. Elle pose aussi un principe d'information des habitants sur les affaires locales et organise la déconcentration des services de l'État. Pour la première fois, des groupements de communes reçoivent des compétences obligatoires, en matière d'aménagement de l'espace et de développement économique. Ces groupements sont les ancêtres directs des communautés d'agglomération et métropoles d'aujourd'hui.
La loi du 12 juillet 1999 relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale, dite loi Chevènement, du nom du ministre Jean-Pierre Chevènement, crée les communautés d'agglomération et rénove le modèle de la communauté urbaine, né en 1966. Elle généralise la taxe professionnelle unique : les communes membres renoncent à fixer le taux de cet impôt sur les entreprises, qui est perçu par la communauté. L'attribution de compensation reverse à chaque commune l'équivalent de ce qu'elle percevait.
Le succès est rapide : en quelques années, la plupart des communes urbaines rejoignent une communauté à fiscalité propre. La carte reste cependant incomplète et parfois incohérente, avec des communes isolées et des périmètres dessinés par affinité politique plutôt que par bassin de vie. Les réformes de 2010 et de 2015 achèveront ce mouvement par le haut, en fixant des seuils de population et en confiant au préfet le schéma départemental de coopération intercommunale.
2003-2004, l'acte II : la décentralisation entre dans la Constitution
La loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l'organisation décentralisée de la République ouvre l'acte II, voulu par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Elle inscrit à l'article 1er de la Constitution que l'organisation de la République est décentralisée et nomme les régions à l'article 72 parmi les collectivités territoriales.
La révision ajoute plusieurs outils encore en vigueur. Le droit à l'expérimentation permet à une collectivité de déroger, pour un objet et une durée limités, aux lois et règlements qui régissent ses compétences ; ses conditions sont fixées par une loi organique du 1er août 2003. L'article 72-1 crée le référendum local décisionnel et le droit de pétition, premiers outils de participation citoyenne inscrits dans la Constitution. L'article 72-2 garantit l'autonomie financière : les ressources propres doivent représenter une part déterminante des ressources des collectivités, et tout transfert de compétences s'accompagne de l'attribution de ressources équivalentes. Une loi organique du 29 juillet 2004 précise cette part.
La loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales applique ce cadre. Elle transfère aux départements une grande partie des routes nationales et confie aux départements et aux régions les agents techniques des collèges et des lycées. Les départements avaient déjà reçu, par une loi de décembre 2003, la gestion du revenu minimum d'insertion. Ces transferts sont à l'origine d'un débat qui n'a jamais cessé : la compensation est calculée sur ce que l'État dépensait au moment du transfert, et la hausse ultérieure des dépenses sociales reste à la charge des départements.
La réforme des collectivités territoriales de 2010
La réforme de 2010 est née d'un diagnostic. En 2008, la commission présidée par Jacques Attali propose de supprimer les départements ; le président Nicolas Sarkozy confie ensuite à Édouard Balladur un comité pour la réforme des collectivités locales, dont le rapport remis en mars 2009 s'intitule « Il est temps de décider ». La loi du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales en reprend une partie.
Elle crée les métropoles, statut adopté pour la première fois par Nice Côte d'Azur au 31 décembre 2011, ainsi que les pôles métropolitains. Elle remplace les communes nouvelles de la loi Marcellin par une procédure de fusion plus souple. Elle impose l'achèvement de la carte intercommunale : toute commune doit appartenir à un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, et les communes isolées sont rattachées par le préfet. Elle prévoit enfin l'élection des conseillers communautaires au suffrage universel direct, par fléchage sur les listes des conseillers municipaux, mise en œuvre à partir de 2014.
Les conseillers territoriaux, une réforme abandonnée
La mesure la plus discutée de 2010 était la création du conseiller territorial, élu appelé à siéger à la fois au conseil général et au conseil régional pour rapprocher les deux niveaux. Le Conseil constitutionnel a validé le principe mais censuré la répartition des sièges dans plusieurs départements, et la loi a dû être corrigée en 2011. Les conseillers territoriaux n'ont jamais été élus : la loi du 17 mai 2013 a abrogé le dispositif avant sa première application. Elle a remplacé les conseillers généraux par des conseillers départementaux élus en binôme femme-homme dans des cantons redécoupés, un mode de scrutin appliqué pour la première fois en mars 2015.
La suppression de la taxe professionnelle
La même année, la loi de finances pour 2010 supprime la taxe professionnelle, principal impôt local sur les entreprises, que le gouvernement jugeait pénalisant pour l'investissement. Elle est remplacée par la contribution économique territoriale, composée de la cotisation foncière des entreprises et de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, complétée par des dotations de compensation. Cette réforme fiscale a réduit le pouvoir des collectivités de fixer leurs propres taux, un mouvement que la suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales, achevée en 2023, a prolongé.
2013-2015, l'acte III : métropoles, régions fusionnées et loi NOTRe
L'acte III de la décentralisation, porté par la ministre Marylise Lebranchu sous la présidence de François Hollande, devait être une seule grande loi ; il a été découpé en trois textes votés entre 2014 et 2015. Le premier est la loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles, dite loi MAPTAM, qui fait l'objet d'une page sur la loi MAPTAM et la naissance des métropoles.
Les métropoles et le statut particulier de Lyon
La loi MAPTAM fait des métropoles un statut de droit commun pour les grandes agglomérations, avec des compétences étendues en développement économique, mobilité, habitat et voirie. Elle crée trois métropoles à statut particulier. La Métropole de Lyon, collectivité territoriale à part entière, remplace au 1er janvier 2015 la communauté urbaine et le département du Rhône sur son territoire ; elle rejoint ainsi la liste des collectivités à statut particulier, aux côtés de la Corse ou de Paris. La métropole du Grand Paris naît au 1er janvier 2016 avec 131 communes, découpées en établissements publics territoriaux. La métropole d'Aix-Marseille-Provence est créée à la même date. La loi MAPTAM rétablit aussi, provisoirement, la clause de compétence générale des départements et des régions et crée les conférences territoriales de l'action publique, lieux de concertation entre échelons.
La nouvelle carte des régions
La loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions ramène le nombre de régions métropolitaines de 22 à 13 au 1er janvier 2016, Corse comprise. Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie ou Hauts-de-France réunissent deux ou trois anciennes régions, tandis que la Bretagne, les Pays de la Loire, l'Île-de-France, Centre-Val de Loire et Provence-Alpes-Côte d'Azur gardent leurs limites. La même loi décale les élections régionales à décembre 2015. Les contrats de plan État-région, qui financent routes, universités et lycées, ont dû être renégociés à l'échelle des nouvelles régions et de leurs départements, et chaque région a établi son schéma d'aménagement du territoire, le SRADDET. Le découpage, préparé en quelques mois, a été critiqué pour la taille des nouvelles régions et l'éloignement de certains chefs-lieux.
La loi NOTRe et la fin de la clause de compétence générale
La loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, dite loi NOTRe, achève l'acte III avec un objectif affiché de clarification des compétences, détaillé dans la page sur ce que la loi NOTRe a changé. Elle supprime de nouveau la clause de compétence générale des départements et des régions : chacun n'agit plus que dans les domaines que la loi lui attribue, la commune gardant seule cette clause. La culture, le sport et le tourisme restent des compétences partagées entre échelons. Elle confie aux régions le développement économique, avec un schéma régional opposable, et les transports interurbains et scolaires, transférés des départements en 2017.
Elle relève à 15 000 habitants le seuil minimal des intercommunalités, avec des dérogations pour les zones peu denses et de montagne, ce qui réduit fortement le nombre de communautés au 1er janvier 2017. Elle rend obligatoire le transfert de l'eau et de l'assainissement aux communautés de communes et d'agglomération à l'horizon 2020. Elle prévoit enfin la création de la collectivité de Corse, qui fusionne au 1er janvier 2018 la collectivité territoriale et les deux départements de l'île.
Plusieurs rapports d'information parlementaires ont depuis dressé le bilan de la loi NOTRe : intercommunalités jugées trop vastes par les maires ruraux, partage confus des compétences sur la voirie ou le tourisme, départements fragilisés par la hausse des allocations individuelles de solidarité. Ces constats ont nourri les lois de 2019 et de 2022.
Les grandes lois en un tableau chronologique
Ce tableau rassemble les textes qui ont le plus modifié l'architecture des collectivités, avec l'année, le nom usuel de la loi et son apport principal.
| Année | Loi | Ce qu'elle a changé |
|---|---|---|
| 1982 | Loi Defferre du 2 mars | Fin de la tutelle, exécutifs élus, région collectivité territoriale |
| 1983 | Lois des 7 janvier et 22 juillet | Premiers blocs de compétences |
| 1992 | Loi ATR du 6 février | Communautés de communes |
| 1999 | Loi Chevènement du 12 juillet | Communautés d'agglomération, taxe professionnelle unique |
| 2003 | Loi constitutionnelle du 28 mars | République décentralisée, expérimentation, autonomie financière |
| 2004 | Loi du 13 août | Routes nationales et agents des collèges et lycées transférés |
| 2010 | Loi RCT du 16 décembre | Métropoles, communes nouvelles, carte intercommunale achevée |
| 2013 | Loi du 17 mai | Binômes départementaux, fléchage communautaire |
| 2014 | Loi MAPTAM du 27 janvier | Métropoles de droit commun, Lyon, Grand Paris, Aix-Marseille |
| 2015 | Loi du 16 janvier | 13 régions métropolitaines au lieu de 22 |
| 2015 | Loi NOTRe du 7 août | Fin de la clause générale, seuil de 15 000 habitants |
| 2019 | Loi Engagement et proximité du 27 décembre | Place des maires dans l'intercommunalité |
| 2022 | Loi 3DS du 21 février | Différenciation, décentralisation, déconcentration, simplification |
| 2025 | Loi n° 2025-327 du 11 avril | Transfert de l'eau et de l'assainissement redevenu facultatif |
2019-2025 : proximité, différenciation et retours en arrière
Après l'acte III, le législateur a surtout corrigé. La loi du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique, dite Engagement et proximité, répond au malaise des maires face aux grandes intercommunalités : conférence des maires, pacte de gouvernance, possibilité de rendre certaines compétences aux communes. Elle améliore aussi les conditions d'exercice du mandat, de la formation à la protection juridique des élus.
La loi du 21 février 2022 relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et diverses mesures de simplification de l'action publique locale, dite loi 3DS, consacre le concept de différenciation, c'est-à-dire le pouvoir d'adapter certaines règles à chaque territoire, développé dans la page sur la loi 3DS et la différenciation. Elle permet le transfert à des départements volontaires de routes nationales, prolonge au-delà de 2025 l'obligation de logements sociaux de la loi SRU et renforce l'autorité du préfet sur les agences de l'État. Avant elle, la loi du 2 août 2019 avait déjà créé la Collectivité européenne d'Alsace, issue de la fusion des deux départements alsaciens au 1er janvier 2021, exemple de différenciation à l'intérieur de la région Grand Est.
Le mouvement de correction continue. La loi du 3 août 2018 avait permis aux communautés de communes de repousser à 2026 le transfert de l'eau et de l'assainissement ; la loi n° 2025-327 du 11 avril 2025 l'a rendu facultatif pour elles. En quelques années, une obligation phare de la loi NOTRe est ainsi devenue un choix laissé aux communes. Chaque année apporte désormais son lot d'ajustements plutôt qu'une grande réforme de l'organisation territoriale.
Quels sont les impacts des réformes territoriales sur les collectivités ?
L'impact des réformes territoriales se mesure d'abord à l'interlocuteur des habitants, ensuite à l'argent, enfin au contrôle. Trois questions suffisent pour lire n'importe quelle réforme et comprendre ce qu'elle change dans l'administration locale au quotidien.
Qui gagne ou perd une compétence ?
Un transfert de compétence change l'interlocuteur des habitants. Depuis 2017, par exemple, les cars interurbains relèvent de la région et non plus du département. Pour un maire, au contact quotidien des habitants, la question pratique est de savoir si une décision reste à la mairie ou part à la communauté : urbanisme intercommunal, collecte des déchets, zones d'activité. Les compétences obligatoires d'une intercommunalité ont été étendues à chaque réforme, au point que certaines communes rurales n'exercent plus en propre que l'état civil, l'école et la voirie communale.
Qui paie le transfert ?
L'article 72-2 de la Constitution impose que tout transfert de compétences s'accompagne de ressources équivalentes. Mais la compensation est calculée sur ce que l'État dépensait au moment du transfert : si la dépense augmente ensuite, l'écart reste à la charge de la collectivité. C'est l'un des sujets de tension les plus durables entre l'État et les départements, qui financent les allocations de solidarité, tandis que la dotation globale de fonctionnement versée par l'État a baissé de 2014 à 2017. La suppression de la taxe professionnelle puis de la taxe d'habitation a de plus réduit la part des impôts dont les élus fixent le taux.
Qui contrôle les décisions locales ?
Depuis 1982, le préfet ne peut plus annuler lui-même un acte local. Il vérifie la légalité des actes qu'on lui transmet et saisit le juge administratif s'il les estime illégaux, le Conseil d'État statuant en dernier ressort. Les comptes, eux, relèvent des chambres régionales des comptes. La loi 3DS a renforcé le rôle du préfet de département, mais sans revenir à la tutelle : la libre administration reste un principe constitutionnel.
Les enjeux des réformes territoriales à venir
Les enjeux des prochaines réformes territoriales tiennent à trois débats qui reviennent à chaque projet de loi. Le premier concerne le nombre d'échelons : l'idée de supprimer le département, défendue par la commission Attali en 2008, a été abandonnée, et les départements ont au contraire gagné un rôle de solidarité territoriale, en appui des communes rurales. Le deuxième concerne les finances : les collectivités dépendent davantage de dotations et d'impôts partagés, ce qui pose la question de leur autonomie réelle. Le troisième touche au statut de l'élu local, dont la disponibilité et la protection conditionnent les vocations dans les petites communes.
La tendance des dernières lois est nette : moins de grands bouleversements de carte, davantage de souplesse laissée aux territoires. Les régions fusionnées de 2016 n'ont pas été redécoupées, mais l'Alsace a obtenu une collectivité propre ; les intercommunalités n'ont pas été dissoutes, mais les maires ont repris la main sur certaines compétences. Cette réforme permanente, faite de petites touches, rend la connaissance du droit en vigueur plus difficile pour les habitants comme pour les élus, et c'est tout l'objet du site Réforme des collectivités locales et de sa démarche éditoriale.
Textes officiels et travaux pour suivre une réforme territoriale
Le texte de référence d'une réforme territoriale est toujours la loi publiée au Journal officiel, consultable dans sa version en vigueur sur le portail Légifrance. Le portail vie-publique.fr, édité par la direction de l'information légale et administrative, résume chaque projet de loi et en suit la discussion au Parlement ; ses dossiers d'information sont souvent le meilleur point d'entrée. Le portail de l'État au service des collectivités, collectivites-locales.gouv.fr, publie les chiffres des dotations et la liste des intercommunalités. Les rapports d'information du Sénat, chambre qui représente les collectivités, dressent le bilan des lois après quelques années d'application.
Pour l'histoire et l'analyse, une partie des travaux de l'université est en accès libre. La plateforme OpenEdition (openedition.org) diffuse des revues et des ouvrages de sciences sociales sur la décentralisation, et la collection d'articles anciens de Persée permet de relire les débats de 1982 ou de 2003. Les notices de Wikipédia (wikipedia.org) et les textes historiques de Wikisource (wikisource.org) servent de point de départ, à condition de remonter à la source qu'elles citent. Sur un même portail, le résumé d'une loi et sa version consolidée peuvent diverger : seule la seconde fait foi, et sa consultation reste le seul moyen de savoir si une obligation a été modifiée depuis.
Sigles, dates et acteurs des réformes en quatre questions
Que désignent les actes I, II et III de la décentralisation ?
Les actes I, II et III de la décentralisation désignent trois vagues de réformes : les lois Defferre de 1982-1983, la révision constitutionnelle de 2003 et la loi du 13 août 2004, puis les lois MAPTAM, de délimitation des régions et NOTRe de 2014-2015. L'expression est d'usage politique, aucune loi ne porte ce nom.
Quelle est la réforme territoriale la plus récente ?
La dernière grande réforme territoriale est la loi 3DS du 21 février 2022. Depuis, des lois ciblées ont ajusté le droit, comme la loi n° 2025-327 du 11 avril 2025 sur l'eau et l'assainissement des communautés de communes.
Pourquoi les régions sont-elles passées de 22 à 13 ?
Les régions métropolitaines sont passées de 22 à 13 par la loi du 16 janvier 2015, appliquée au 1er janvier 2016. Le gouvernement voulait des régions de taille comparable à leurs voisines d'Europe, capables de porter le développement économique et les transports que la loi NOTRe leur confiait.
Qui étaient les conseillers territoriaux ?
Les conseillers territoriaux, créés par la loi du 16 décembre 2010, devaient siéger à la fois au département et à la région. Ils n'ont jamais été élus : la loi du 17 mai 2013 les a supprimés et a créé les conseillers départementaux élus en binôme.




